Par Audrey Henrion, le 20 février 2020

 Alors que 98% de la production de piles de batteries électriques provient de Chine, l’Europe entend reprendre son indépendance énergétique. C’est tout l’objet de «l’Airbus de la batterie». dont fait parti Carbone Savoie. Présidée par Sébastien Gauthier (Associé chez Alandia Industries), l’industrie basée à Notre-Dame-de Savoie et Vénissieux vient d’inaugurer un nouveau four de cuisson pour un investissement de 11 millions d’euros annonce aussi la création d’un démonstrateur industriel sur son site en Savoie pour plusieurs dizaines de millions d’euros.

 Cette entreprise centenaire reste dans la course. Carbone Savoie (DG: Joseph Bertin / CA 2019: 128M€ / 25,50M€ Ebitda et 17,80M€ de résultat net / 400 salariés à Notre-Dame-de-Briançon et Vénissieux) qui a bien failli mettre la clé sous la porte en 2016, accusant 15M€ de pertes, vient de rejoindre l’ « Airbus de la batterie » pour y produire de la poudre de graphite pour batterie lithium ion. Sous une impulsion franco-Allemande, la Commission Européenne coordonne cet immense programme de subvention (IPCEI Batterie) près de 6 milliards d’euros qui vise à garantir l’indépendance technologique de l’Europe, vis-à-vis de l’Asie et notamment de la Chine, sur la technologie des batteries lithium-ion pour véhicules électriques. La France s’est d’ores et déjà engagé à débloquer 0.9 Mds d’euros pour soutenir ses leaders.

20M€ investis en 2020

Carbone Savoie a rejoint in extremis l’Airbus de la batterie : «nous n’étions pas sur la liste d’embarquement» plaisante Bruno Gastinne, le Président du Conseil de Surveillance. Sous l’impulsion de la Commission Européenne qui a identifié 5 matériaux stratégiques pour les batteries Li-ion (Lithium, Cobalt, Manganèse, Nickel et Graphite), la France a choisi de soutenir le dernier fabricant français de graphite synthétique. Aujourd’hui 98% de la production de graphite de batterie est produite en Chine dans des conditions environnementales désastreuses. Carbone Savoie, reprise par le fonds Alandia Industries en 2016, a mis les bouchées doubles. Au total, 20 millions d’euros investis en 2019. Le nouveau four industriel pesant 11M€ d’investissement a été inauguré jeudi 20 février par Agnès Pannier-Runacher, Secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des Finances. Investissement auquel s’ajoutent, pour cette même année 2019, 4M€ pour la modernisation des installations et 6M€ pour l’amélioration de la productivité via l’automatisation de certaines tâches. Si l’aluminium représente encore 85% de sa production et le graphite de spécialité 15%, le graphite pour batterie lithium-ion montera en puissance dans les années à venir: Cette poudre de graphite, nécessaire en quantité très importante – 70kg dans une Tesla – est utilisé comme anode dans les piles électrolyse des batteries lithium-ion. Avec le développement de nouveaux modèles de véhicules électriques, les industriels estiment qu’à, avec l’échéance 2025, 100 000 tonnes de graphite synthétique seront nécessaires en Europe pour alimenter les usines de cellules lithium ion en cours de construction (LG Chem, CATL, Tesla, SAFT, …) en Europe.

Baisse des coûts de revient et gains énergétiques

L’enjeu est triple pour Carbone Savoie: fournir l’industrie automobile en graphite de très haute qualité, moins cher que les produits chinois et divisant par dix l’empreinte carbone du procédé grâce notamment à une source d’électricité hydraulique. Grâce à ce nouveau four, qui a nécessité 180 000 heures de travail sur le site de Vénissieux, l’usine réalise quelque 10% de gain sur les coûts de revient et plus 40% de gain sur la consommation énergétique. Et ce n’est pas fini. D’ici 2021, l’industriel compte «au moins tripler les investissements en R & D (2M€ aujourd’hui) et porter à plusieurs dizaines de millions d’euros les investissements nécessaires à la construction du démonstrateur industriel (first industrial developpement) sur le site de Notre-Dame de Briançon. «Grâce à ce démonstrateur et dès que nous aurons qualifié les clients qui vont participer à cet « Airbus de la batterie », nous enclencherons la deuxième phase des investissements productifs pour fournir d’ici 2025 quelque 15000 tonnes de poudre de graphite pour batterie lithium-ion, en plus des 24000 tonnes actuelles qui servent l’aluminium et les graphites de spécialité » indique Sébastien Gauthier. L’usine devra aussi recruter «considérablement», 30% de cols blancs et 70% d’ouvriers qualifiés.

«Nous travaillons à développer cette troisième activité pour augmenter nos capacités et reprendre un rythme de conquête industrielle autour de la poudre de graphite pour batterie», explique Sébastien Gauthier, Président de Carbone Savoie.

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